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Opéra : « Le Palais enchanté » de Luigi Rossi, métaphore du confinement

Sous la direction de Leonardo Garcia Alarcon, l’opéra romain du XVIIe siècle, mis en scène par Fabrice Murgia, est visible sur le site de l’opéra de Dijon.

Le Monde, 11 décembre 2020 Par Marie-Aude Roux

https://bit.ly/341ijNh

http://www.opera-dijon.fr

A voir ci-dessous 

Ce 2 décembre, l’Opéra de Dijon finit de peaufiner une nouvelle production qui ne verra pas son public. La générale d’Il Palazzo incantato, opéra inédit de Luigi Rossi, a attiré quelques journalistes. Un dernier filage avant l’implantation des caméras dans la salle, chargées de capter le spectacle pour un film, disponible en replay jusqu’au 31 décembre, après que les quatre représentations initialement prévues auront donné lieu à des diffusions gratuites sur la plate-forme de la scène dijonnaise, les 11, 13, 15 et 17 décembre. Un DVD devrait garder en mémoire l’ultime projet du directeur de l’opéra, Laurent Joyeux, après treize années riches et ambitieuses qui auront marqué les esprits et valu à la maison d’opéra le label de « scène nationale » en 2019.

Achever ainsi un mandat en pleine crise sanitaire a certes quelque chose de délétère. Mais ce projet quasi pharaonique reste un couronnement. Celui d’une passionnante trilogie d’opéras baroques ressuscités, d’autant plus rares que leurs compositeurs italiens étaient jusqu’alors en purgatoire. C’est ainsi qu’après le double succès d’El Prometeo, d’Antonio Draghi, en 2018 (sur un livret espagnol), puis de La Finta Pazza, de Francesco Sacrati, en 2019, le talentueux Leonardo Garcia Alarcon, en résidence dans la capitale bourguignonne avec son ensemble La Cappella mediterranea, nous offre ce Palazzo incantato jamais revu sur scène depuis sa création romaine, en février 1642 au Teatro delle Quattro Fontane, Palazzo Barberini. L’aboutissement d’un rêve caressé depuis vingt ans pour le claveciniste et chef d’orchestre argentin, tombé par hasard – et en arrêt – devant la partition manuscrite du chef-d’œuvre à la Bibliothèque du Vatican, en 1999.

Aucune générale ne ressemble plus à une générale depuis que le nouveau coronavirus s’est invité dans nos vies. Le nombre important d’artistes sur le plateau et dans la fosse oblige les musiciens à porter un masque quand ils ne jouent pas. Et, comble de malchance, un des rôles principaux vient de déclarer forfait : souffrante, la soprano italienne Arianna Vendittelli, se verra donc doublée sur le plateau par une actrice, le maestro se chargeant de la partie vocale (en voix de fausset) tout en dirigeant du clavecin dans la fosse. On savait Leonardo Garcia Alarcon magicien, le voici passé prestidigitateur. Moments de respiration poétique Un peu à l’instar du sorcier Atlante dont le palais enchanté a désorganisé les jeux de l’amour des dames et chevaliers qu’il a attirés et retient prisonniers. Le librettiste Giulio Rospigliosi (futur Pape Clément IX) a tiré du fameux Orlando furioso, de l’Arioste, chef-d’œuvre de la poésie italienne, l’argument de ce fastueux opéra en un prologue et trois actes (16 solistes pour 24 rôles à l’origine – à Dijon 13 chanteurs se partagent 22 rôles –, doubles et triples chœurs, ballets). Le spectacle atteignit sept heures lors de sa création, il dure cette fois un peu moins de quatre heures.

On savait Leonardo Garcia Alarcon magicien, le voici passé prestidigitateur

C’est dans un décor ingénieux, constitué de trois tournettes ainsi que d’une enfilade de portes au premier étage d’un bâtiment, que le metteur en scène belge Fabrice Murgia, directeur du Théâtre national Wallonie Bruxelles, dont c’est la première et brillante incursion dans l’opéra, a conçu ce palais-labyrinthe qui voit chacun chercher sa chacune, non sans quelques détours parfois. C’est ainsi qu’Orlando piste Angelica, enlevée par le sorcier, tandis que Bradamante s’inquiète de son amoureux, le captif Ruggiero, lequel s’est épris en chemin d’Angelica. L’atrabilaire Astolfo ne saurait refroidir les ardeurs des amants Doralice et Mandricardo, de Fiordiligi pour son époux Brandimarte. Sous les traits d’un faux Ruggiero, Atlante lui-même mettra fin aux sortilèges après s’être confronté au véritable chevalier. La transposition opérée par le metteur en scène en appelle au monde contemporain : chambre d’hôtel (enlèvement et séquestration), enquête de la police criminelle, parloir de prison, toilettes d’aéroport, amours tarifés dans un bordel, femme kamikaze avec ceinture d’explosifs. Les personnages maléfiques portent sur leurs visages tatoués les stigmates noirs de leurs âmes tourmentées. Astucieusement utilisée, la vidéo piège des moments de détresse ou d’intimité, exacerbe les rages et les passions, la tendresse et les larmes, métaphorisant par immersion une forme de confinement mental, le palais et ses cauchemars se faisant soudain synonymes de nos vies pandémiques en distanciation. De très beaux moments de respiration poétique rythment ces dédales guerriers et sentimentaux, comme ces disparitions de décors dont ne subsiste dans l’espace qu’une flottante signalétique lumineuse, ou ce duo de danseurs, entre hip-hop et break dance, écrivant à l’arrache une langue des corps réensauvagés. Fleuron de l’opéra de cour romain, Il Palazzo incantato est musicalement d’une munificence absolue. L’homogénéité de la distribution vocale (des artistes jeunes et talentueux) ainsi que l’aura qui enveloppe choristes et musiciens sous la direction flamboyante, sensuelle et raffinée de Leonardo Garcia Alarcon, rendent à la musique de Rossi son éclat et son insigne originalité.
Quelques mois avant le fameux « Pur ti miro », du Couronnement de Poppée, de Monteverdi, Il Palazzo fait entendre le premier duo d’amour de l’histoire de l’opéra. Reste à espérer que le public aura retrouvé le chemin des salles partenaires lors de la reprise de cette magnifique production en 2021 – Nancy, Caen ainsi que l’Opéra royal de Versailles.

https://bit.ly/341ijNh

Il Palazzo incantato, de Luigi Rossi.
Avec Victor Sicard, Arianna Vendittelli, Fabio Trümpy, Deanna Breiwick, Mark Milhofer, Lucía Martín Cartón, Mariana Flores, Fabrice Murgia (mise en scène), Vincent Lemaire (décors), Clara Peluffo Valentini (costumes), Giacinto Caponio (vidéo), Emily Brassier (lumières), Cappella Mediterranea, Chœur de l’Opéra de Dijon, Chœur de chambre de Namur, Leonardo García Alarcón (direction). Opéra de Dijon.

Retransmission gratuite les 11, 13, 15 et 17 décembre sur Opéra-dijon.fr (durée 3 h 45). Puis en replay du 18 au 31 décembre. http://www.opera-dijon.fr

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